"C'est en faisant que nous nous faisons" Lanza Del Vasto Savons-nous vraiment ce que nous faisons? Qu'est-ce que c'est la pierre? Pourquoi l'homme la travaille-t-il depuis toujours? Quel effet a une forme, une structure dans l'espace? C'est autant de questions que l'on pourrait se poser différemment à chaque fois que nous rencontrons un métier pour autant que l'on soit un curieux de la vie. Le métier a son mode d'apparence et son mode réel d'existence. Il y a des liens à découvrir et un travail d'investigation à faire pour comprendre les forces avec lesquelles nous travaillons. La fonction, le sens, l'enseignement, la teneur et la portée d'un métier, quel qu'il soit dans l'organisme social, sont des réalités qui nous construisent. On peut parler de terreau de notre condition humaine: la Terre. Et même si le passé nous a laissé un héritage, nous voyons bien que lorsqu'il s'agit de création, nous ne sommes plus dans ce que le passé a conduit jusqu'alors, pas plus que d'une projection par la pensée dans un futur qui n'existe pas. Il me semble qu'il y a quelque chose d'autre qui se libère dans l'acte de créer, de soigner la terre, dans l'alignement d'un axe qui n'est pas assujetti à soit du passé soit du futur. ****************************************************** I : Avant le chantier Le métier de la pierre sèche n'est vraiment pas compliqué. Il suffit de rester l'enfant que nous sommes. Là, par contre, commence les complications car nous touchons aux motifs de la liberté humaine et aux méandres de notre personnalité. Vous savez, je veux parler de cet enfant intérieur que des connaissances et des chiffres sans écho ont voulus gommer de la carte de la vie, déjà à l'école, lorsque nous avions tant besoin de courir dans les bois et dans les clairières, et ensuite, après l'école, notre vie durant, de normes en normes, de devoirs inutiles en devoirs inutiles et de lois en lois. Il ne s'agit pas de renier les normes, nous en avons besoin, mais un excès de normes créer la déstructuralisation de la société, donc celle des individus qui la composent. Quant aux études, les connaissances et les sciences, il s'agit de discerner ce qui rassemble vers une immense cohérence de ce qui nous en isole en nous faisant croire que nous sommes intelligents. L'étude est importante et d'autant plus fondamentale lorsque celle-ci nous permet d'insuffler de la vie et non d'étouffer l'intelligence de l'Existé ou de répéter inlassablement et inconsciemment du passé. A commencer par l'étude de soi-même, bien entendu. On pourrait dire en quelque sorte que de rester en relation avec son enfant intérieur est un métier. Le métier lucide de l'homme debout. L'essai de notre vie, pour résumer. En chaque homme un essayiste, n'est-ce pas! Je pense que la manière dont ont voit notre travail dépend de nos actes de conscience avec lesquels nous nous associons à des modèles de références sensés. Et dans ce sens, la manière de vivre pleinement notre travail peut évoluer, et bien que chacun espère obtenir la reconnaissance sociale, le fruit de notre travail est sans propriétaire. Ainsi, trouver le sens noble à ce que l'on fait dépend en grande partie du sens talentueux que l'on portera pour le travail des autres et de comment répondre aux besoins de la culture de notre époque. Cette qualité s'acquiert par le discernement et l'attention. L'enthousiasme peut dès lors nous transporter. Les flammes sont allumées et elles nous donneront l'occasion d'engager toutes nos forces du cœur et de volonté. Au terme d'un entraînement qui dure depuis trente ans, je peux dire aujourd'hui que le travail de la pierre sèche est avant tout un Jeu de relation. Un "Je" dans le "Jeu minéral" si vous préférez. Reste encore à discerner et l'un et l'autre. Et ce minéral est en nous, semblable à un achèvement parfait de la matière dans notre corps physique. Les enjeux de la vie quotidienne qui nous coproduisent nous durcissent souvent le cœur qui est le siège de notre enfant intérieur. Difficile de coopérer avec la vie, si notre mental est en activité orbitale, si démesuré de lui-même, avec un dit "moi", sans cesse préoccupé par ce qui le coproduit à l'intérieur des inférences de tout système. La première chose qui se remarque sur le chantier, c'est ce qui s'est passé avant le chantier. Comment est-on intérieurement? Qu'est-ce que nous reflétons au son du jour ? Et dans une équipe, tout transparaît immédiatement. Cela peut être contagieux, l'enthousiasme comme le mal être et les bruits de couloir. De manière générale, je prends toujours le thermomètre des humeurs avant le départ au chantier pour m'assurer de savoir qui aura plus besoin d'attention ou d'enveloppe. Cette étape avant de commencer le travail en équipe est importante. Elle a quelque chose de très réaliste qui consiste à rendre visible: mettre en lumière les parasites, donc les facteurs perturbateurs du comportement. Ensuite, après avoir perçu les portes d'entrées des problèmes, il est possible d'agir en conséquence afin que chacun soit au meilleur de sa forme intérieure pour bien travailler. Le simple fait de percevoir les problèmes suffisent à les résoudre. S'il y a des choses à déposer, nous prenons alors le temps de les déposer, d'en parler, avant même de toucher un seul caillou. Surtout même avant de toucher un seul caillou. Il se passe quelque chose de remarquable, on prévient aussi tout accident de chantier et des erreurs de travail. Autrement, par expérience, je sais que ce temps que l'on a perdu pour restaurer nos petits bobos d'âme est largement récompensé durant tout le reste du chantier. En tout et pour tout, il ne nous jamais rien arrivé lors de nos travaux. Même lorsque nous étions à Concise durant 80 jours, et que je n'avais pas la "Chose"(le portable) sur le chantier, eh bien, tout s'est bien passé. Comme quoi, quand on laisse la vie faire son travail, le bon sens devient la plus sécurisante et la plus protectrice des normes. Il vient s'ajouter à cela une qualité de vie car la qualité de vie tire sa substance du bon sens et de la simplicité. ***************************** Comment sommes-nous rentrés en résonnance avec l'esprit du lieu? Chacun l'appellera comme il voudra, âme, esprit, être, ambiance, atmosphère, œuf philosophique! Qu'importe les mots, dans la mesure où ils s'intègrent à notre sensibilité et à notre entendement afin que l'on puisse se comprendre les uns les autres, mais surtout, se mettre en mouvement et en relation dans des actes concrets de la vie. Bien que les mots ne sont pas ce qu'ils nomment, nous en avons besoin pour nous exprimer et communiquer. A nous d'apprendre à bien les utiliser, à traiter les paradoxes, à écarter les poseurs d'obstacle et transformer les complexités, pour créer une dynamique qui stimule le rassemblement, disons, de nouvelles forces qui nous portent vers un avenir grandissant. Il va de soi, que lorsque nous sommes sur un lieu pour y œuvrer, tout comme notre biographie, le lieu a une histoire, donc un passé qui véhicule des variations subtiles de la réalité de son imprégnation. Il se présente tel qu'il est à l'instant où on le rencontre pour la première fois, et nous faisons pareil, même si nous ne la savons pas. La résonnance est instantanée, tout se sait et tout se voit. Nous amenons sur le chantier des facettes de ce que nous sommes. On peut rien planquer. Si nous avons des problèmes, si nous sommes stressés, les sentiments courroucés, et si et si.... avec toutes les raisons valables qui défilent comme d'indispensables justifications à nos états d'âme. Hé bien, tous ces éléments perturbateurs de la vie de l'esprit seront avec nous et ils se manifesteront dans le déroulement du travail. Il s'agit de restaurer nos états d'âme et souvent les incompréhensions qui ont heurté de plein fouet "p'tit je". Ah "p'tit je", il en fait des cagades au quotidien. A se demander ce que serait la vie sans "p'tit je". L'intellect est un champion du monde pour justifier le mal être et le risque serait de se complaire ensuite dans cet état de givre de la victime idéale. Cela peut paraître banal, mais cet aspect du métier de la pierre sèche est considérablement à soigner et à prendre très au sérieux. Cette première étape sollicite une posture d'accueil et d'écoute profonde autant envers le lieu qu'envers soi-même. Une des qualité de ce métier, c'est d'écouter, ensuite de discerner avec notre corps tout entier ce que nous enseigne le lieu. Cela a un effet universalisant. Pour cela, il est impératif de donner rendez-vous à nos problèmes à une autre date du calendrier. Cette étape de la rencontre n'est pas anodine. Elle révèle une cadence, un rythme, une mesure, un baromètre, une ambiance, un état de conscience nouveau. Elle peut nous dicter des solutions à des problèmes techniques, nous inspirer fortement sur la réalisation du mur, créer un espace nature, fontaine, avec la notion des cinq éléments, où poser les pierres afin d'économiser nos efforts, où les trouver, quelle types de pierres s'inscriraient harmonieusement avec l'environnement, proposer des murs en terrasse au lieu de faire des murs de trois mètres de haut, etc. Une fois, il m' est arrivé de retourner sur un lieu plusieurs fois avant de démarrer le chantier car je ressentais des problèmes d'organisation qui n'étaient pas encore éclaircies. Chaque chantier est une intervention unique qui dessine, structure tout un monde minéral dans l'espace. A savoir que nous libérons du passé un passé. Ce n'est pas anodin. Suivant les lieux, c'est chargé d'énergie pesante et déstructurante. Tel serait un principe de création quand on se sent vraiment concerné. L'homme libère la matière d'un long périple et la matière lui permet à son tour de se libérer. Que libérons-nous au juste? Du plomb de nos schémas à transformer en Or Social et en harmonie paysagère! Cette action veut dire bien des choses qui n'a plus rien à voir avec une technique ou un savoir faire régional ou national. Il s'agit de vie intérieure car nous avons à collaborer avec la raison d'être des choses. Le savoir de la pierre sèche a sa source dans cette qualité d'investigation pratique et Terre à Terre. C'est un art de la Terre, et comme nous l'ont si justement enseigner nos anciens: "Tout ce qui est bas est en haut et vice vers cela". Si nous ne sentons pas adhérer nos pieds à ce qui est en bas, ce qui est en haut ne pourra pas advenir. On n'adhère pas à ce qui est en bas avec le cerveau plein, pas plus qu'en apprenant et répétant machinalement des opérations mentales de systèmes philosophiques ou des sommes théologiques des temps anciens, disons, c'est mon avis. Un docteur Tibetain nous enseigne quatre étapes pour aller vers un chemin de guérison. 1: la réforme alimentaire 2: l'Hygiène de vie au plein sens du terme 3: les remèdes 4: les thérapies Mais, il dit encore, tant que vous n'avez pas pratiqué le 1 et le 2, alors cela ne sert à rien de commencer le 3 et le 4, donc de prendre rendez-vous. Cette première étape aura donc la qualité de notre état d'esprit, celle de nos intentions, de nos transformations. Aucun livre ne serait nous l'enseigner à la place d'une conscience pratique. En définitive, tout s'apprend avant même de poser le moindre caillou, et ce savoir circule dans les pieds, dans les mains, dans le cœur, le partage, l'intérêt, l'engagement, dans cette présence que nous avons à tout ce qui existe dans le réseau de l'instant. Le savoir est avant tout, Intelligence de Vie. Il est partout à chaque instant et dès que l'on commence à l'écrire pour des fins qui ne sont pas au service de la vie, à vouloir ensuite le nommer dans des décors, il perd automatiquement de sa substance. Il n'est donc pas question de diplôme, de prestige, d'opérations mentales et encore moins d'intellect qui décortique, dont la fonction est de séparer la vie, en tous les cas, de compliquer les situations, de générer des urgences, des diplômes, des conflits, des castes, des normes à tout casser, des lois, des systèmes de surveillances et de mettre sous pression des faits, des phénomènes et des hommes, de les interpréter dans le sens de la séparation, de créer des zones d'ombre, des paradoxes pathologiques et de ramener ensuite dans le passé, un "je" au centre de l'œuf.. etc... Toute science qui ne nous propose pas la relation mérite notre plus grande attention. Le savoir me semble t-il est en premier lieu pratique. A mon sens, il s'agit de s'arrêter pour identifier nos actes et voir s'ils sont justes, quitte à les rectifier au fur et à mesure. C'est déjà un bon critère de discernement dans tous les domaines, rigoureux à assumer, j'en conviens. Notre capital santé en dépend. Mais vivre sous pression et sous stress est à éviter surtout quand on sait que nombre de maladies tirent leur origine de ce déséquilibre. Les industries pharmaceutiques et toutes les sciences matérialistes dépendantes de la chimie ne trouveraient pas leur compte si l'homme prenait soin de sa vie intérieure, car il serait immédiatement en meilleure santé. La souffrance est malheureusement un marché juteux. La chimie peut calmer provisoirement des souffrances, mais elle ne permet pas d'insuffler une dynamique vers un chemin de guérison. Une souffrance reviendra toujours dans le temps, sous une forme ou une autre, tant qu'elle ne sera pas traiter au cœur même de ce qui l'engendre. Il y a tellement d'enjeux que des spécialistes inventeraient immédiatement des maladies, des épidémies, des lois, des vaccins, de nouveaux médicaments poisons pour étouffer des sciences vivantes, pour maintenir un système pathologique tant les complexités sont étranglées par des intérêts économiques immenses de conséquences. Comme le disait si justement les anciens, un bon docteur est un docteur qui n'a plus de patients.... et ils disaient vrai.... Quant à Paracelse, qui nous confiait que le seul remède pour l'homme est l'homme, je crois qu'il nous confia ce jour-là un grand secret. En ce sens, que nous sommes (l'homme), un moyen d'évolution les uns pour les autres, sans fin. Je me suis permis ce petit détour, un bref avant propos, car il me semblait important de rappeler qu'à travers un travail artisanal, il y a des valeurs, des enseignements, qui, sont si souvent oubliées au détriment d'un monde d'apparence, de performance, de surface et de normes qui envahissent tous les domaines de notre contexte social où on ne prend plus guère le temps de partager son métier ni de réfléchir autrement que par le calcul et la mesure. II : L'esprit d'équipe Sommes-nous seuls dans la construction en pierre sèche? Guère. "Seul" et "Soi" se ressemblent comme deux gouttes d'eau, va savoir qui fait la goutte et qui fait l'eau? " sourire".. Il me semble que ce type de travail appelle au partage d'homme et vu les tâches, chacun pourra jouer son rôle dans la communauté des bâtisseurs. Oui, j'insiste là-dessus, même celui qui ne peut que travailler assis a cause d'une situation de handicap, et qu'il nous remplit des petits cailloux dans des sots doit être considéré comme un bâtisseur. Il y a des travaux pénibles sur un chantier, des tâches ingrates, et ceux qui portent ses fonctions doivent être honorés tant leur courage est digne des héros de la grande Odyssée. A ce sujet, je peux témoigner avoir vu l'enthousiasme défier toute formes de raison et accomplir de grandes prouesses. Personne ne doit être sous estimé du fait qu'il exerce un travail différent de l'autre. Les compétences prennent leur sens dès lors que nous sachons les reconnaitre et les valoriser chez son partenaire. Le bâtisseur, c'est l'équipe, sans aucune exception. C'est la base fondamentale pour aller vers la création. Même si celui qui a plus de compétences joue le rôle de chef d'orchestre, la musique jouée tire son origine d'un ensemble, et si le chef d'orchestre a pu développer ses compétences, c'est avant tout grâce aux autres membres de l'orchestre. Un principe d'unité porte et guide toute l'équipe. Même ceux qui ne font pas partie de l'équipe et qui nous permette de partir, de quitter notre institut, sont par là-même des bâtisseurs homéopathiques. C'est cette force qui permet de déplacer des montagnes. Tout comme une famille, chacun est au service de la famille et la famille est au service de chacun. Cela implique de saisir que nous devons nos dons de vie grâce à la présence de l'autre. En outre, je comprends bien que ce vide (espace de création et passage de vie) peut faire peur car il peut remettre en question toute la certitude du "je"... Lorsque chacun sait ce qu'il doit faire, il se définit, ce qui n'empêche pas de changer les tâches en cours de route selon les besoins, les imprévues et les adaptations. Encore une fois, se définir empêche aux zones d'ombres d'interférer dans le travail d'équipe. Souvent, lorsqu'il y a des problèmes, cela vient que les tâches ne sont pas définies ou alors elles ont été mal comprises à leur base. Je passe le temps qu'il faut afin que l'équipe intègre cette étape de la répartition des tâches et je vérifie que tous aient compris. Comme il y a cadence, rythme, sur le chantier, je revisite cette étape pour m'assurer que chacun trouve sa fonction. Et au fur et à mesure que le chantier avance, la fonction suit la progression du mur donc il y a des adaptations, des transitions. Il peut y avoir un moment où tout le monde arrête ce qu'il fait, moi compris, par exemple, nous remplissons tous derrière le mur pour un temps. On comble, on cale, on harmonise la queue du mur, le drainage, etc... et suivant la préparation qu'il y a eu avant avec d'autres partenaires qui on fait le terrassement, il se peut qu'il y ai eu des erreurs d'évaluation de la profondeur du mur. En général trop profond... donc en notre défaveur, c'était pas compris dans le devis, et après la machine n'est plus là.... etc.... et il faut combler, etcétéra... Allez Zou! c'est parti.... III: La Fondation, Le soulier. L'ancrage... Le lien... Le seuil.... La reliance... la volonté, les racines, les pieds, l'intention, le silence. Régulièrement, on me demande s'il faut une semelle en béton. Je réponds: est-ce que nous avons du béton sous la plante de nos pieds pour adhérer à l'écorce terrestre. Non, que je sache! Bien que le béton soit nécessaire dans la construction moderne, dans notre cas, cela fait de grands frais, cela empêche le lien naturel de se faire avec la Terre, et surtout, dans le cas d'une construction en pierre sèche, cela ne sert à rien si ce n'est retenir de l'eau qui attendra le dégel. Déjà, si vous avez un client qui a une tendance intellectuelle, c'est un premier fait qu'il nous faut partager et expliquer avec conscience et patience. Réduire les frais du client, se mettre d'accord avec lui et s'allier au bon sens de tout l'ensemble est un acte d'intelligence. Ce n'est point parce que plus c'est dur sur le sol que plus cela tient... C'est la mission de la Terre de nous porter, de porter toute construction en pierre sèche. Mais l'aurions-nous totalement oublié? Vous n'avez jamais vu dans des jardins, des environnement autrefois naturels, des couronnements de pierres maçonnés, des bouts de murs crépis de ciment tout gris, cela tient un certain temps, et puis après, cela se fissure, cela se lézarde et des personnes y repassent encore une couche par ici et par là. Et cela fait un de ces mal aux yeux... et aussi au cœur... La peur et l'ignorance font faire des choses incroyables, et par surcroit, ces tares nous empêchent d'être en relation avec les éléments de la vie, donc avec une véritable partie de nous-mêmes, de notre région, des gens du pays, des traditions et des savoirs. Autrefois, il y a 25 ans précisément, à l'abbaye de Bonnecombe, ( mouvement de non violence, l'ARCHE) dans l'Aveyron, j'avais recréer avec une équipe, un mur à sec de six mètres de haut sur cinq de long environ, ( voir page photo) et vous savez pourquoi, ce mur entièrement maçonné avait explosé, lors du dégel. A cause du ciment qui empêchait la vie de circuler librement derrière le mur. Si fort qu'il semblait dans ses niveaux d'apparences, ce haut mur est tombé comme une galette. Il y avait des infiltrations souterraines, des racines d'arbres, et un beau jour, au premier dégel du printemps, l'énergie de l'eau s'est libérée de ce qui voulait l'emprisonner. Et grand boum! Ouf!! Des espaces vides sont vitaux derrière un mur, tout comme l'espace qui dans notre corps a ses zones vides pour permettre des voies de passage de la vie. Si on cimente tout sans laisser d'espace, et du drainage naturel, voilà ce qui arrive. Mais par expérience, je sais qu'il est inutile de partager un savoir ou un enseignement oralement avec une personne qui n'est pas en mesure de l'accueillir, pour cause d'ignorance et d'orgueil. C'est une réelle perte de temps et par surcroit c'est le renforcer dans son ignorance et dans son orgueil. L'écriture est pour cela un bon moyen de transmission, bien que son autre aspect est de figer aussi une autre part de la vie. Chacun prendra ce qu'il voudra. Vouloir partager une science vivante avec un esprit restrictif est comme parler avec un sourd dit le proverbe, quoique, un véritable sourd comprend réellement ce que vous lui dites par l'intensité de votre intention, et il saura faire la transformation. Par exemple, une personne trop préoccupée par le monde matériel et argenté(gling gling), aura tendance à vouloir une fondation en béton avant de commencer à monter le mur, avant même de savoir s'il y a une autre solution, un autre point de vue, et même s'il n'a jamais touché un caillou de sa vie; il sera persuadé que c'est cela qu'il faut faire, une autre, peu enracinée commencera directement avec des petites pierres à même le sol. Il perdra pied comme on dit. Ce n'est qu'une caricature d'ignorance intellectuellement acquise. C'était juste pour montrer les polarités que l'on peut rencontrer quand on fait ce travail depuis longtemps. Souvent, ce sont des gens qui ont fait des hautes études, mais le savoir n'est pas une affaire de cerveau, de connaissances livresques accumulées dans la clôture mentale, mais d'ici que ce soit compris dans les écoles! La semelle de béton ne va pas induire une existence propre au mur. Il va falloir mille et une circonstances pour que le mur existe et ce sont ces mille et une choses avec lesquelles le constructeur doit être en relation. Le mur n'existera pas pour lui-même. Il aura une fonction, la vie viendra à sa rencontre à travers des règnes de la nature, les herbes, les insectes, des petits animaux, des adultes et des enfants pourront aussi s'en émerveiller, etc.... Demandons-nous très sérieusement à chaque chantier sur quoi nous prenons racine pour élaborer un chantier? Tout travail spécifique, qu'il soit d'ouverture, physique, spirituel, de développement intérieur, de partage, d'épanouissement, commence par la fondation, par l'enracinement, donc, c'est une étape qu'il ne faut pas négliger car elle va accueillir le reste du vaisseau minéral et la suite de nos capacités. Personnellement, par expérience, j'ouvre toujours la terre avec une bèche sur 15 20 ou 30 centimètres, cela dépend bien sur des pierres, de la hauteur du mur, du terrain, de la pente, etc. Il faut discerner à chaque fois. Je veille toujours qu'une partie de la pierre de fondation soit en terre et que l'autre partie soit à l'air avec un certain équilibre de séparation, et bien entendue, posée dans le sens où la Terre a vu naître le caillou qui chante, pareil à la rivière dans son lit. Et si on a des intentions nobles, des pensées à placer dans la fondation, c'est donc le moment de les déposer. Du fait que la fondation est un point de départ, c'est une étape difficile qui demande beaucoup de conscience et des efforts physiques, surtout lorsqu'on a plus 20 ans. Les pierres sont en totale promiscuité. J'utilise les plus grosses, surtout celles que je sais que je pourrai plus lever seul après. Je surveille comment elles occupent l'espace et j'anticipe sur le deuxième rang que je devine. Quand je pose, simultanément je pense à l'accueil que la pierre offre. Si la surface est amorphe, cabossée, il y aura problème de structure. Soit on taille et cela prend du temps, il faut évaluer si cela vaut la peine. De toute façon, il est préférable de corriger. Mais si je veux me débarrasser d'une pierre par facilité, parce qu'elle est grosse et fait à elle toute seule deux ou trois rangs, je retrouverai le problème après. Souvent, des pierres que l'on croyait super doivent être démolis pour servir de cales de remplissage derrière et c'est plus sage ainsi, car après, on est obligé de caler comme un malade pour que cela tienne et ce n'est pas toujours très fiable. L'horizon de surface des pierres, les assises, donc la partie qui va accueillir le reste du vaisseau est le critère d'observation et d'évaluation. On peut caresser cette partie pour ressentir les chemins de pose. Cet acte de conscience aide à développer la sensibilité et à comprendre le langage caillou. Sinon, les pierres de fondation, tout comme les pierres de couronnement se touchent, s'épousent, arrêtes latérales contre arrêtes latérales dans le maximum de leur possibilité, formes contre formes, le plus que l'on peut, avec un calage latéral impeccable, avec aussi une sorte de deuxième fondation faite avec des pierres si cabossées que l'on est content de les avoir pour cette fonction. Ces pierres difformes renforcent l'affront fait au terrain. Elles font front à la colline ou à la pente, donc il faut aussi les poser dans le sens du lit d'une rivière, et les croiser pour assurer une solidité parfaite. Un siècle peut passer après, tout tranquillement. Cela n'aura pas bougé d'un pouce. Personnellement, j'adore remplir avec des petites pierres les espaces vides, quand on peut en disposer à volonté, évitant bien entendu toute utilisation de terre. Cela aide aussi à faire un bon drainage et à renforcer la compactibilité de cette partie invisible du mur. Nous pouvons faire l'expérience de se balancer, de laisser aller notre corps lentement vers l'avant, sur l'avant des pieds et vers l'arrière sur nos talons, dans un sens et dans l'autre, comme si nous étions un pendule qui s'amuse. Observons quand nous trouverons le point médian entre ces deux balancement dans l'espace. Nous aurons l'image de la fondation, de la connexion, du choix judicieux, de la partie la plus archaïque du mur, de cette zone de sécurité. L'ancrage représente notre stabilité, nos possibilités d'avancer dans la vie, de nos actions nouvelles, à aller de l'avant et de rendre vivant, réel, concret, ce qui se trouve dans le monde de nos intentions. Le passé est parti s'enraciné dans la terre pour que le nouveau puisse être accueilli. La dimension de la focalisation permet de voir de nouvelles possibilités et d'agir après en conséquence. Et plus l'enracinement sera en adéquation avec le besoin de la Terre et plus il y aura un espace vide pour accueillir la vie nouvelle. La fondation est la mère de toutes les directions à prendre, des projets, des créations, des responsabilités. Elle est l'objectif en action d'équilibre, ancrée à la Terre prête à accueillir de nouveaux rang, de nouvelles situations. Où suis-je dans l'espace? que vois-je? qu'est-ce que je ressens par le toucher? Que me disent mes sens? Est-ce que je trouve facilement le point médian, où suis-je en train de penser à une autre étape du mur, comme projeté en avant ou en retrait? Cet aspect de la focalisation est la base de notre attention, de survie. On est dans l'essentiel, il n'y a pas de place au superflue. Notre priorité est d'établir une base de sécurité. Connecter à la terre, nous pouvons aller ensuite où nous souhaitons, c'est-à-dire dans la pose du mur, l'élément de la communication. Les pierres qui chantent, l'habit: Le visage du mur, la porte des sens, la relation, la sève, le branchage, l'émotion, les sentiments, le croisement. Ce sont toutes les pierres qui seront entre la Fondation et le couronnement. Le croisement va permettre un tissage minéral et solliciter un processus d'intériorisation. On peut se rappeler des gestes que nous faisons quand assis en réunion, nous croisons nos pieds, ou nos mains, etc. Autant, nous pouvons imager la Fondation comme les membres inférieurs de l'édifice, cette partie médiane de la structure du mur pourrait s'apparenter au métabolisme. Lieu de transformation et de chimie par excellence. Les pierres vont toutes se croiser donc s'intérioriser, elle prendront vie. Le fruit du mur donnera front et affront à la colline ou à la pente, par leur poids orienté à l'arrière du fait de son penchant. Le mur donnera l'impression qu'il penche un peu en avant comme s'il était le contrefort extérieur d'une cathédrale naturelle. Là encore, le visage va se dessiner selon les pierres à disposition. Sur les livres, nous voyons toujours de belles pierres, c'est bien, cela donne une image. Mais suivant où nous travaillons, nous sommes rudement mis à l'épreuve tellement la qualité et le choix des pierres est chaotique, voir même inexistant. La notion de choix est un grand luxe. C'est là que tout va se passer. Avoir le choix est le grand bonheur du bâtisseur. Cette étape de trouver les pierres est donc fondamentale. Il faudra des beaux parements, des moins belles pour derrières et des tas de résidus pour les calages et pour le drainage. Sans oublier, le Roi, donc le couronnement qui fera le lien entre la Terre et le Ciel. Lorsque nous trouvons une carrière qui livre avec ses camions et qui contient dans un seul voyage tout cela, c'est que du bonheur, d'autant plus que l'extraction n'a pas subie de dynamitage. Dans le montage, les pierres s'épousent les unes les autres par une recherche d'équilibre, depuis son assise, grâce aux points d'appuie droite gauche et aussi sur les queues des pierres. Le mouvement stabilisé. Toute pierre qui branle doit attirer notre attention soit sur les assises à travailler soit sur les calages. S'il y a des pierres trop difficile, il vaut mieux les placer derrière ou les casser pour faire des cales. Parfois, on perd du temps par facilité parce que la pierre est à portée de main et donne certains aspects arrangeant, mais elle risque de nous embêter sérieusement par la suite. Le visage du mur appelle au discernement, au sens du toucher et de la vue aiguisé et à prendre le temps. L'atmosphère de travail aura aussi son importance. N'oublions pas que la construction de la pierre sèche est un "je" dans le jeu. Nous n'avons pas besoin d'avoir fait des hautes études ou de sortir de la cuisse de Jupiter. Au contraire, plus on est imbu de sciences mortes, moins on comprend, c'est comme en géobiologie. Il y a juste des consignes à respecter, un bon sens de la vie à ressentir et réaliser dans tout son corps. Un enfant est par excellence un bon bâtisseur, de par sa spontanéité. La meilleur école est la pratique de l'enthousiasme. Il n'y a pas de bon bâtisseur ou de mauvais bâtisseur. Vous pouvez placer un dit bon bâtisseur dans un lieu ou il n'y a aucun choix, hé bien, il ne fera pas de miracle, il se retrouvera confronter à son potentiel et à utiliser les moyens du bord. C'est pour cela qu'il nous faut bien discerner les livres qui nous donnent des indications sur un idéal et la réalité des chantiers qui est complètement différente et révèle à chaque fois des conditions uniques. A mon sens, il est toujours préférable de trouver des bâtisseurs du pays qui connaissent bien la région, les arbres, la faune, la nature, les gens, les traditions. On retrouve le travail en fait une résonnance de la Fondation, qui est celle de l'ancrage, celle de se lier aux forces de la Terre où nous sommes appelés à vivre avec nos semblables. Parfois, des associations font venir des gens d'autres pays, car ils ne trouvent personne, mais il y a toujours des anciens qui ont l'expérience de la pierre sèche. Il faut oser aller battre la campagne, on serait surpris. Il me semble préférable de former les gens du pays plutôt que de faire appel à des Ecossais ou à des Australiens qui n'en sauront guère plus que notre bon paysan, homme de la terre pour qui le bon sens de la vie n'a pas de secrets! Mais certes il est plus facile de porter une reconnaissance à ce qui nous est étranger plutôt qu'à l'homme du pays. Va savoir pourquoi nous allons chercher loin ce qui se trouve dans le creux de nos mains ? L'écolage, l'instruction n'est pas une guerre de chapelle et de comparaison, mais une histoire de choix de pierre, de moyens de mise en oeuvre, et surtout d'amour pour notre travail. L'amour nous amène à la connaissance mais pas l'inverse. Ainsi la connaissance nous amène à faire et à trouver les moyens de mise en oeuvre. La technique en soi n'est qu'un jeu dont les dés sont les strates de sédimentation de la pierre posée horizontalement. La pratique est une audace et l'audace c'est du génie. Faire est un engagement total. Les hommes de la Terre, des montagnes, les hommes simples, sont de bons guides pour enseigner et pratiquer ce type d'activité. Les mains sont un prolongement de notre cœur, le meilleur outil. Les quelques bâtisseurs que j'ai pu croiser durant ma vie étaient tous des gens simples, généreux, sans jugement de comparaison avec d'autres chapelle ou de systèmes de croyances, et avec un sens de l'humour particulièrement présent. Ils portaient tous la joie de vivre sur leur visage. Ce sont avant tout les hommes du pays, de tous les pays. Oui, il est vrai que sans humour, il y a guère de bon métier. Si les traditions se perdent, il est préférable de les retrouver, de les actualiser, avec le potentiel de notre région. Et surtout former les gens du pays plutôt que de faire venir des gens d'ailleurs pour rénover notre patrimoine. Les valeurs et le suivi seront ainsi garanties à travers les âges. Cela donne du sens, du bon sens, ouvre des projets nouveaux et cela créer du lien social dans la région. Cela engendre aussi de la culture et la culture, c'est l'oxygène de la vie sociale dont nous avons tous besoin. Cela appelle la vie. Dès l'instant où la notion de choix est là, même un débutant supervisé par un ancien peut réaliser un mur tridimensionnel sans aucun souci. Le reste n'est qu'expérience, et surtout prendre son temps. Notre bien le plus précieux. Autrefois, les anciens prenaient le temps pour faire du bon travail. Le stress, l'intellect, les problèmes de femmes, les soucis et les chiffres ne rentraient dans aucune prairie, dans aucune collinette. Ce duo qui est le Choix des pierres et le Temps est un incontournable, et souvent les bâtisseurs sont mis à rude épreuve devant ce fléau car nous ne prenons guère en compte nos rythmes biologiques. Parfois, pour ménager sa santé, il est préférable de refuser un chantier que de travailler pour un client excité de la pulpe qui veut que tout soit fini tout de suite, en payant le moins cher..... Genre de clients donc à éviter, il vaut cent mieux manger des patates que de se prostituer.... Une fois compris le bon sens du croisement, par le toucher, la vue et le ressenti, nous avons la liberté de créer l'expression de ce visage. La technique au service de l'imagination. Et là encore, c'est à notre enfant intérieur à qui il faut s'adresser. Le visage, c'est la partie visible du mur. Tout comme avec les beaux yeux de braise d'un être féminin qui nous attire, c'est une rencontre étoilée à soigner et souvent à élucider dans le sens de l'art. Quant à la partie invisible du mur, celle qui s'adonne au talus, je dirais que plus nous avons de pierre pour faire affront à la pente mieux sait, en croisant aussi les pierres, pour renforcer la stabilité de l'ouvrage. Il nous faut aussi discerner la pente du mur, l'état de la Terre, la hauteur du mur, voir s'il y a des arbres proches, des infiltrations souterraines etc... Juste derrière les pierres de parement, le calage des visages et aussi remplir les espaces vides assure fondamentalement la fermeté du mur, la stabilité. Dans le choix du tri, lorsque nous avons des pierres qui ont une longue queue, c'est un cadeau. Ces pierres bateaux traversent le mur et cette pénétration donne de la stabilité et de la facilité de construction. Le drainage viendra faire le lien et aura la fonction de philtre, de soutien, de liaison, un peu comme la fonction de nos reins. Tous les déchets sont les bienvenues, tuiles de toits pourries, caillasse, déchets de chantiers, pierres amorphes, gros gravier triangulaire, etc. Là encore, par principe et bon sens, si nous avons l'abondance de pierres pour drainer, c'est tant mieux, plus la distance entre la terre et le mur est grande, mieux sait. Cela respire des deux côtés. Le mur en lui même est une structure drainante et une structure de l'espace. Et ô combien nous savons que la vie est espace. On voit bien ce qui se passe en nous-mêmes dès que nous manquons d'espace dans nos vies, notre système nerveux en prend un coup sur la bourrique, ainsi, "p'tit je" se déracine et sautille de conflits en arrêt maladie. Durant cette étape médiane de la construction, nous pouvons imaginer des niches, des voûtes, et surtout toutes sortes de formes dans la forme initiale comme créer des soleils dans l'appareillage, (voir Languedoc), pour accueillir une dynamique et une sensibilité nouvelle de la vie. Et quel bonheur que d'intégrer le règne végétal en fin d'ouvrage, que d'apporter de la couleur. Après tant d'efforts, je me souviens de ces moments merveilleux lorsque nous placions de la végétation dans les niches. Evidemment pas sur des murs de pâturages, donc des murs tridimensionnels, ce serait moins adéquat. Il nous faut laisser l'intelligence de la vie faire son travail et discerner le subtil de l'épais. Comme exercice, on peut faire l'exercice de la Dandinette, lié à la communication. La latéralité peut être vue comme une ligne médiane de traitement. Celle qui traverse notre corps au milieu. On peut balancer son corps de droite à gauche et sentir la latéralisation en nous. Ressentir si nous penchons trop à gauche ou trop à droite, voir si nous sommes équilibrés dans ce balancement. Observons si nous nous laissons aller dans l'une ou l'autre direction. Trouvons-nous facilement notre centre, ressentons-nous ce passage du centre comme un élément vivant? Le côté gauche peut nous donner des pistes sur le côté yin, recevoir, la terre, le côté féminin, le côté analytique avec lequel nous encodons nos expériences de vie et le côté droit avec le côté masculin, le côté yang, l'air, donner, avec lequel nous sommes imaginatifs, spontanés et créatifs. Le croisement de ces deux aspects est un processus d'intériorisation que l'on retrouve en croisant les pierres. Il est important d'équilibrer ces aspects en nous durant la pose, pour développer une meilleure lucidité. L'hémisphère gauche du cerveau avec ses facultés d'analyse, d'expression, d'encodage et l'hémisphère droit avec sa facilité de globalisation et de réception. Notre bilatéralité nous permet de déplacer nos yeux, nos oreilles, mains, membres, pendant que nous croisons la ligne médiane du corps pour opérer là où se joue la vision, l'écoute, le toucher et la kinesthésie : aptitude à sentir les mouvements des différentes parties du corps.. C'est dans cet espace que nous communiquons et traitons l'information. En tant que bâtisseur, on peut aisément faire l'expérience de voir si nos gestes sont en adéquation avec la pose de la pierre qui nous promène de droite à gauche durant la pose. A quoi est`-ce que je pense lors de mon travail? Est-ce que ce à quoi je pense est relié à ce que je suis en train de faire? Qu'est-ce que je ressens émotionnellement? Suis-je capable de comprendre les difficultés durant la création du visage du mur? On peut faire des liens entre nos propres appuies et ceux du fondement de la construction à sec, qui est d'établir des appuies qui stabilisent chacune des pierres avec ses voisines dans l'espace tridimensionnel. Le couronnement, le Chapeau: Le lien entre le haut et le bas, entre le haut et l'espace... le centre. Suivant, les régions, il y a des couronnements verticaux ou horizontaux(bétail). Tout comme la Fondation, c'est une partie pénible et exigeante de la construction. Les couvertes sont lourdes, homogènes et représentent une ligne de force bien répartie qui unifie l'ouvrage. L'avant dernier rang sera donc le trône où reposera la couronne. Cet avant dernier parement est une partie de transition, de seuil, toute particulière du mur qui appelle à un équilibre, à une ligne d' horizon qui résonne avec le sol de la fondation. Là encore, bénies soient les pierres plates, petites, équilibrées, triées au départ et prévues pour cette fonction de recevoir l'alignement des pierres de couronnement. Et lorsque les pierres de couronnement ne sont pas là, alors il nous faut improviser avec ce que l'on a à disposition en attendant si possible d'en trouver afin d'élégantiser son Seigneur Minéral. Le calage est toujours de rigueur, l'idéal serait que les pierres s'épousent un maximum, arrête contre arrête. On peut finir en rappel, avec des pierres plates qui se croisent et le drainage en guise de lien final. On suit en fait le même schéma du montage mais avec une finition soignée. Le mur est en fait un drainage vertical élaboré. C'est un partie éprouvante, car il faut monter les pierres sur le trône. Nous sommes physiquement mis à l'épreuve et parfois il est indispensable d'être deux pour les poser et protéger son dos. Comme exercice, on peut faire l'exercice du déplacement vertical, de laisser aller notre corps monter sur les orteils puis de redescendre en fléchissant les genoux. Est-il plus facile d'aller vers le haut ou vers le bas? Trouvons-nous facilement le point médian entre ces deux positions? Dans quelle position sommes-nous plus confortable? Cette dernière dimension est la base de l'intelligence émotionnelle, la source de nos joies de nos passions, sensation d'exister et capacité à agir avec les autres. Généralement, quand le mur est fini, on s'arrête tous. On prend du recul, et on regarde, en adoptant la posture de l'enfant qui s'émerveille. C'est la fête, un mur de pierre sèche vient d'être réaliser. Voici qu'il nous semble appartenir à la Terre et aux merveilles qui l'ont construite, une continuité de la vie en nous... Cadeau..... Ces trois exercices, ces trois dimensions, s'interpénètrent mutuellement. Ces exercices sont aussi comme un baromètre de notre comportement que l'on peut intégrer aux tri-dimensions du mur. La fondation qui nous fait travailler l'ancrage, l'enracinement, l'identité, le visage du mur qui fait appel à notre initiative, la joie de nos sentiments, notre imagination, à notre potentiel de créer avec les autres et le couronnement qui est le dernier lien entre le sol et l'espace, qui par la clarté de la pensée, de la structure, vient parachever admirablement l'ouvrage. Nous pouvons aussi faire l'analogie avec le Hara. Si on se place régulièrement dans notre hara, à tout moment du chantier on peut se sentir à l'aise durant les trois étapes de construction. Le hara est aussi l'alignement de l'épine dorsale, qui nous permet totalement présent à ce que nous faisons. Emanant de cette verticalité intérieure, notre corps physique ne penche pas à droite ni à gauche, ni en avant(futur) ni en arrière,(passé) nous ne sommes émotionnellement pas trop en bas dans les tréfonds de la terre ni éparpillé dans les hauteurs. De la qualité de notre centrage dépendra la qualité de l'ouvrage. On peut se rappeler notre première arrivée sur le chantier, l'état des lieux. Et ressentir ce qui a changé en nous et ce qui a changé aux alentours du mur, sur le plus de points de vue subtils possibles. Là encore, il suffit d'arrêter le bavardage cervelesque, de rester en silence et d'écouter la vie parler à notre cœur. Partager ses observations dans l'équipe est un cadeau et nous pourrons en retirer un réel bienfait. Cette posture renforce notre attitude d'éveil à tout notre environnement immédiat....
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T.Carbonell
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